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Paris au fil des arts
La figure du Christ fait débat, ces derniers temps, parmi les sommités du monde artistique ou prétendu tel. Vous m’aurez comprise, c’est cette merveilleuse petite photographie, que dis-je, cette superbe œuvre d’art en rouge et or qui me vient à l’esprit en écrivant ces lignes : j’ai nommé Piss-Christ. La cité des papes fête encore jusqu’à dimanche prochain les dix ans de la collection du petit Yvon Lambert- le nain de jardin des Muses au paradis des arts- avec la désormais fameuse exposition « Je crois aux miracles ». Lambert avait raison d’y croire : l’opération coup de marteau (ou de pioche, pour certains – les musées laissent entrer des visiteurs armés de pioches, c’est bien connu) menée par les catholiques français tient du miracle, et les agités du bocal qui sévissent au ministère de la culture en font encore des cauchemars. Au reste cet acte de vandalisme d’une barbarie insoupçonnée a donné à l’œuvre une valeur toute nouvelle : jusqu’alors elle exprimait les humeurs d’un artiste tout juste digne de mépris, à présent cette œuvre brisée, fracturée, déchirée, traduit les contradictions et la sensibilité d’une société tourmentée en quête de repères, en proie aux dernières convulsions d’un obscurantisme à l’agonie (à moins qu’il ne s’agisse d’une renaissance ? Si l’on en croit le nain de jardin, « c’est le Moyen-âge qui revient à grands pas » !)…quelle force poétique, ne trouvez-vous pas ? Presque un monument historique, un cliché pris sur le vif qui immobilise le visage d’une époque.
Rembrandt et la figure du Christ

Parallèlement à cela, le Louvre présente depuis le 21 avril dernier une exposition intitulée « Rembrandt et la figure du Christ » : le Christ exposé sans blasphème ni mépris, vu à travers le regard d’un artiste notoirement chrétien, c’est insolite, voilà qui a de quoi éveiller la curiosité. Que l’on ne s’y méprenne pas, l’initiative répond à un souci purement esthétique et les concepteurs de l’exposition se défendent de toute intention par trop cathophile - le premier panneau sur lequel s’ouvre l’exposition explique : Rembrandt n’est pas catholique mais protestant, dans une république protestante accueillant toutes les religions ; « en toile de fond des œuvres que l’on va voir, il y a la célèbre tolérance religieuse de la Hollande du XVIIème siècle », ne l’oubliez pas cher visiteur. A vrai dire, on ne voit pas bien ce que cette indication peut apporter de plus à la compréhension de la démarche artistique de Rembrandt : on s’en contrefiche. Rembrandt est un artiste protestant peignant pour des clercs protestants, pas pour des bouddhistes. On se demande bien ce que vient y faire la tolérance religieuse, une petite note de politiquement correct sans doute. Cela dit, l’exposition est fort bien menée et l’ensemble est d’une grande qualité.
Pour qui est accoutumé aux représentations traditionnelles d’un Sauveur divin jusqu’à l’impersonnel, impassible, beau et athlétique jusque dans la mort, l’interprétation rembranesque du sujet est d’une agréable nouveauté : Rembrandt cherche précisément à construire son art en le distinguant fortement des expérimentations de ses prédécesseurs, rejetant la majesté prévisible d’un Christ conventionnel – entre horizon d’attente et écart esthétique, l’artiste hollandais a su trouver sans peine la juste mesure. Ce qui frappe d'abord, c'est le caractère fortement émotionnel de la représentation du Christ chez Rembrandt, un Christ très humain et très proche parfois, au regard et aux traits infiniment doux : Rembrandt a fait effort pour saisir la personnalité véritable du Jésus de Nazareth dans ses traits les plus marquants et jusque dans sa physionomie – on connaît par ailleurs plusieurs portraits de juifs contemporains exécutés par Rembrandt, et il est très probable qu’il se soit servi d’un modèle vivant pour exécuter ses Christ.

Un Dieu très incarné donc et clairement individualisé, mais l’artiste évite magistralement l’écueil d’un Christ vidé de sacré à force d’être humanisé : c’est toute la personnalité de Jésus que Rembrandt cherche à rejoindre par sa démarche picturale, et donc sa divinité autant que son humanité. Et il y réussit bellement, utilisant avec brio les techniques de la peinture : contre-jour violent du Christ des Pèlerins d’Emmaüs de 1629, qui met fortement en valeur la figure du Ressuscité et son mystère, la gloire divine qui émane de lui, accentuée par l’expression de stupeur peinte sur les traits des disciples ; Jésus familier, jeune et bien vivant, dans sa conversation avec Marthe et Marie, en une scène d’intérieure empreinte de charme et de douce intimité, contrastant avec le caractère presque fantomatique du Christ dans le paysage tragique du Mont des Oliviers ; regards énigmatiques et méditatifs de ses nombreuses Tête du Christ , d’une douce et insondable profondeur ; lumière du soleil levant qui nimbe la figure du Christ apparaissant à Marie-Madeleine, symbolisant une ère nouvelle pour l’humanité régénérée à travers le Sacrifice du Rédempteur. La grande diversité et les contrastes forts entre les différentes représentations de la figure christique chez Rembrandt témoignent d’un effort constant, d’une tension ininterrompue vers une vérité qui échappe à l’artiste parce qu’elle est infinie et qu’il la sait telle.

Encore une fois, rien à voir avec le traitement infligé au religieux dans l’œuvre d’un Serrano, qui se revendique pourtant chrétien et affirme haut et fort n’avoir « aucune sympathie pour le blasphème ». Il y a loin entre la démarche artistique de Rembrandt, s’approchant du sacré avec un profond respect, une quête de vérité et d’absolu que l’on sent partout dans son œuvre, et celle d’un vulgaire provocateur comme Andres Serrano qui s'imagine faire oeuvre d'art en immergeant les figures religieuses sous toutes sortes de sécrétions corporelles (car Piss-Christ est loin d’être un cas isolé dans l’œuvre de l’artiste), qui propose à l’admiration béate d’un public lobotomisé des œuvres faites de merde, dont une fameuse déjection de prêtre (Holy Shit), des nus de personnes âgées, des giclées de sperme et des fellations, et j’en passe. En somme, l’ « artiste » Serrano constitue un cas pathologique assez intéressant, et très représentatif d’une société en mal de sacré, qui a perdu jusqu’au sens du respect et de la pudeur les plus élémentaires. A tous les dégoûtés de l’art contemporain, l’exposition Rembrandt a le mérite d’offrir une bouffée d’air pur tout-à-fait salutaire. Elle est l’œuvre d’un artiste authentique, et d’un homme digne.
Isabelle de Rancourt, pour lAcropole.info
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Commentaires
A coté des milliers d'églises , couvents et cathédrales qui témoignent de la grandeur et d'une culture et d'une civilisation- la catholique ( car pour les protestants ils se sont contentés, comme dans le midi, de confisquer églises et chapelles cathos )- , à coté même des châteaux de nos nobles, qui n'étaient pas sans défauts mais qui témoignaient d'un certain gout du beau en nous léguant cette France que nous aimons et qui attire des millions d'étrangers , la seule Tour Eiffel fait un peu riquiqui vous ne trouvez pas ? .
Quand aux Serrano et consort leur m. et leur p. sont en passe de trouver leur juste place :les latrines
Mon Dieu s'il pouvait dire vrai! Et si cet age d'or, celui qu'Emile Male appelait "un temps où l'Art, tous les Arts étaient une fête" pouvait faire retour .
La France pays le plus visité du monde -60 000 000 de touristes par an - croyez-vous que ce sont les saletés de Serrano qui les attire ? Ou viennent -ils s'émerveiller de ce que les Suger, Maurice Sully , Fulbert… et tous ces hommes de foi nous ont légué soutenus qu’ils étaient par Dieu, notre peuple et nos rois.