Pourquoi les catholiques français peuvent préférer la France PDF
Mercredi, 01 Février 2012

Il semble que ces derniers temps, les libéraux se mobilisent pour limiter la fuite de l'électorat catholique de l'UMP de plus en plus «tenté» par le Front National. A l'occasion de Noël le cardinal Barbarin affirmait dans Rue89 que la Bible s'oppose à la «logique de l'exclusion», voulant aller dans le sens du récent ouvrage du député UMP des Yvelines Etienne Pinte et du Père Jacques Turck, curé à Issy-les-Moulineaux, Extrême-droite : pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire. Ce livre expose en quoi «l'extrême-droite» (terme contestable du politiquement correct) n'est pas compatible avec les valeurs chrétiennes, et en particulier pourquoi les chrétiens ne pourraient voter pour le FN. Nous chercherons à savoir si l'Eglise et l'Evangile nous enseignent bien réellement de refuser toute préférence nationale, et d'accepter la dissolution inconsidérée des frontières.

 

Une condamnation reposant sur une interprétation abusive de l'enseignement de l'Eglise et une confusion intellectuelle

Rappelons que les Ecrits Saints ne remettent jamais en question le droit naturel d'un peuple à jouir d'une terre et à y faire régner ses lois. L'indépendance nationale du «peuple élu» de l'Ancien Testament en est un bon exemple. Certes, il ne reçoit ce don de pouvoir jouir de la Terre promise que parce qu'il aime et réalise la volonté de Dieu - la Terre promise est à la fois concrète est spirituelle, et cela vaut aussi pour un Etat chrétien. Le mondialisme comme idéologie visant à l'unification de l'humanité peut être illustrée par l'image de la tour de Babel dans l'Ancien Testament qui devait s'élever jusqu'aux Cieux, épisode d'où procède la division des langues, châtiment de l'orgueil humain. De fait, il n'est pas étonnant que les mondialistes aiment ce symbole de Babel, que l'on retrouve dans l'architecture du Parlement européen à Bruxelles, ou même de la cathédrale d'Evry dont les schèmes se ressemblent étrangement.


Mais selon le P. Turck et Etienne Pinte, l'Eglise serait hostile à la préférence nationale :

« Le FN c’est le rejet de la différence, de l’étranger, le rejet de l’Europe, de la mondialisation, le repli, la préférence nationale. L’Église, par ses écrits, sa doctrine sociale, son universalité, c’est l’accueil, le partage, l’ouverture ».

Il est vrai que l'Eglise affirme que le migrant en cas de necessité et en dernier recours a un droit naturel à migrer en ce que la terre et les richesses, considérées d'une manière absolue, appartiennent à Dieu et à tous. Le fait de garantir des conditions d'accueil dignes à l'étranger est aussi fondé par la charité due à l'homme comme image de son Créateur.

Cependant, l'Eglise affirme aussi que ce droit naturel à migrer est subordonné au bien commun des Etats. C'est ainsi que Pie XII résumait le problème1 :

«La domination de chaque nation, bien qu’elle doive être respectée, ne peut être exagérée au point que, si un endroit quelconque de la terre permet de faire vivre un grand nombre d’hommes, on n’en interdira, pour des motifs insuffisants et pour des causes non justifiées, l’accès à des étrangers nécessiteux et honnêtes, sauf s’il existe des motifs d’utilité publique, à peser avec le plus grand scrupule»

En l'occurence, il est difficile de ne pas voir que la logique de l'immigration de masse pose depuis des décennies un problème économique et social de plus en plus préoccupant en France ainsi que dans de nombreux pays, à commencer par les pays d'origine des migrants.

Enfin, l'Eglise rappelle aussi le devoir du migrant envers le pays qui l'accueille :

«Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont elles ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs de migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges» (Catéchisme de l'Eglise catholique, § 2241).



La Tradition nous enseigne que la préférence nationale est juste et naturelle

Mais les détracteurs de la préférence nationale injustement et puérilement considérée comme «rejet de l'autre», tendent à confondre le droit naturel du migrant relevant de la morale et les droits politiques qui résultent de l'appartenance à la cité - eux aussi subordonnés à la morale, il s'entend.

Citons le Docteur angélique, qui n'a fait que relire la pensée traditionnelle à la lumière de l'Evangile :

«Ainsi donc faut-il dire que l’amitié de ceux qui sont du même sang est fondée sur la communauté de l’origine naturelle, celle qui unit des concitoyens sur la communauté civile, celle qui unit des soldats sur la communauté guerrière. C’est pourquoi, en ce qui concerne la nature, nous devons aimer davantage nos parents; en ce qui touche aux relations de la vie civile, nos concitoyens; et enfin, en ce qui concerne la guerre, nos compagnons d’armes. Ce qui fait dire à Aristote: « A chacun il faut rendre ce qui lui revient en propre et répond à sa qualité. Et c’est ce qui se pratique généralement: c’est la famille que l’on invite aux noces; de même, envers ses parents, le premier devoir apparaîtra d’assurer leur subsistance, ainsi que l’honneur qui leur revient. » Et ainsi en est-il dans les autres amitiés.»
Il apparaît donc avec Saint Thomas d'Aquin que la tradition catholique considère comme naturelle et juste la coutume antique de préférer politiquement ses concitoyens à ceux des autres cités, ce que nous appelons aujourd'hui préférence nationale, sans laquelle l'amitié politique n'est pas possible.

Enfin, dans la perspective catholique, la charité est toujours ordonnée à la justice, qui veut que l'on rende le bien à sa communauté naturelle (sa famille), et à sa communauté politique avant les autres. Le règne que le Christ souhaite avoir sur toute la société, dans les coeurs, et dans tout l'univers n'est pas en contradiction avec le droit positif de la nation qui en est distinct, et dont la fin est avant tout le bien commun de l'Etat. « Le bien de la partie est toujours conditionné au bien du tout» nous enseigne Saint Thomas.


La condamnation du FN comme moyen de ne pas polémiquer contre le système libéral


Les catholiques que l'on invite à se détourner de l'«extrême droite» auraient-ils de bonnes raisons de voter pour l'UMP ? Outre un bilan économique peu glorieux, quelle a été la politique du gouvernement ces cinq dernières années en faveur de la vie, de la famille, de l'école libre ? Quelles solutions positives ont-elles été apportées à l'immigration sinon des régularisations massives, appel d'air pour plus d'immigration et plus de misère ? Quelle élite dirigeante a semé le chaos dans le monde par allégeance mondialiste plutôt que de favoriser la paix ...

Si les catholiques sont bien entendu en droit de critiquer le Front National sur bien des points, les catholiques libéraux tels Pinte et le P. Turck ne semblent pas en faire une critique juste, pire, en reprenant le discours du gauchisme égalitaire, ils font le jeu du mondialisme sans jamais aucune considération pour les souffrances d'un peuple marginalisé dans son propre pays et sciemment incité à la perdition morale.

On attendrait volontiers un ouvrage mettant en garde les catholiques sur l'UMP et le PS, ou un document de la Conférence des Evêques de France qui reviendrait sur les «points non négociables» que voudrait enterrer Mgr Vingt-trois(3). Ne serait-on pas en droit d'attendre du clergé la dénonciation de ce qui s'oppose au règne social du Christ ? Peu s'en faut pour que le troupeau des fidèles se sente abondonné de pasteurs plus occupés à plaire au monde que de considérer ses embûches, et les Français trahis par des hommes politiques plus soucieux de conserver leur mandat que de faire preuve de réalisme politique.

Jean Darcey
pour l'Acropole.info

Retrouvez tous les articles de Jean Darcey

1 Constitution apostolique Exsul familia (1er août 1952)
2 Somme Théologique, IIa IIae, Question 26: L’Ordre de la charité, Art. 8: Doit-on aimer davantage celui qui nous est uni par le sang ?
3 Voir cet article

 

Commentaires

 
#2 PSdJ 09-02-2012 18:37
Je souscris aux principes énoncés ou plutôt rappelés ici. Maintenant, s'il est vrai que la priorité de l’État est d'assurer le bien-être de ses citoyens (ce qui implique que les politiques étrangère et intérieure française doivent participer à la consolidation dans le monde d’États responsables et soucieux du bien-commun); je pense qu'avant que cet ordre soit réalisé (et il y a loin) une nation a, en second lieu, pour devoir, lorsque ceci ne menace pas ses membres, de se préoccuper de la misère de ceux qui sont étrangers à sa communauté nationale. Autrement dit, la difficulté aujourd'hui est, selon moi, de réussir à évaluer le nombre et le "type" d'étrangers que la France est en mesure d'accueillir. Ce discernement doit être opéré sans dogmatisme dans tous les domaines qui déterminent la vie en communauté, et ici, le catéchisme de l’Église Catholique cité par Jean Darcey me semble d'une grande sagesse "respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, obéir à ses lois et de contribuer à ses charges". Ce sont les conditions pour qu'un citoyen le soit de fait et participe véritablement à la vie de la société pour son propre bien et le bien de tous.
 
 
#1 Savinien 01-02-2012 15:54
Ah, c'est une question d'actualité, mais aussi une question qui revient de manière récurrente, que vous traitez là. Et habilement, qui plus est.
 

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