On n'arrête pas le progrès: les nouvelles façons d'avoir des enfants PDF
Jeudi, 12 Mai 2011

Progrès ou régression ?

Regard féminin sur la société moderne...


Récemment, le musée des sciences et de l’industrie de Paris présentait à la curiosité d’un public déjà bien averti « Les nouvelles façons d’avoir des enfants ».
Petit power point sur les thèmes principaux de l’exposition :

Les enfants de l’AMP conçus hors du corps

Des embryons, spermatozoïdes et ovocytes hors du «temps naturel»

DPI, DPN, un futur enfant en bonne santé, voire sur mesure

Emergence des nouvelles formes de filiation et de parentalité

 

A l’ère de la « bioéthique » et du « moralement correct » cette exposition nous a paru des plus intéressantes, non tant en raison du sujet que parce qu’elle est révélatrice de l’art avec lequel les meneurs d’opinions s’emploient à noyer le poisson pour ensuite formater les esprits comme de la cire molle.
En d’autres termes, ce n’est pas sur la moralité des nouvelles méthodes de procréation que nous voulons nous étendre ici, mais sur les moyens que leurs propagateurs mettent en œuvre pour les intégrer à nos mœurs.

Nous remarquerons préalablement que, parmi tant d’autres, ces mêmes techniques de subversion sont utilisées à chaque fois qu’il s’agit de mouler la pensée humaine de manière à ce qu’elle adhère au nouveau tournant que l’on veut faire prendre à la société. Les principaux intéressés ne sont pas les individus mais les meneurs qui naviguent dans les sphères du pouvoir et de la haute finance. Nous tâcherons donc ici de relever quelques applications.


Tout d’abord, nous avons noté que toutes les observations faites l’étaient de façon très descriptive à la manière des récits des journaux télévisés où, sur un ton uniforme, l’actualité sportive et les faits criminels se côtoient amicalement.
Ainsi sont évoqués l’avortement, les familles décomposées, la détresse de certains enfants, l’égoïsme des parents voulant « un enfant à tout prix », ces êtres humains qui deviennent de plus en plus objets de consommation, etc.  Tout ceci doit être banalisé, doit devenir normal.

Nous sommes tous victimes d’un même processus : A force de matraquage médiatique, l’esprit se laisse amadouer par les cas dramatiques qu’on lui  présente ; garde baissée, les flots de bonnes intentions qu’on lui déverse quotidiennement achèvent de le persuader que, décidément, les progrès en biotechnologie et l’évolution des mœurs sont nécessaires. Elles sont apparemment l’unique solution pour mettre un terme à la souffrance et assurer un avenir de plaisir et de liberté sans entraves. La conscience plus ou moins apaisée par les nombreuses manifestations de sincérité, l’esprit humain s’habitue à ce qui choque le bon sens ou la sensibilité et s’est ainsi laissé formater sans se douter qu’il est le jouet de manipulations bien réelles.        Une application servira d’exemple



« Eugénisme » cela vous rappelle quelque chose ? Ce qui a causé la mort d’une certaine partie de la population au siècle dernier demeure objet de scandale aujourd’hui. Le mal demeure le mal. Cependant, par un artifice tout à fait génial, l’eugénisme d’aujourd’hui porte le nom de bienveillance, de progrès, de charité presque. Expliquons-nous : De nos jours il est possible de commander un enfant sur catalogue en fonction de critères physiques, sociaux, intellectuels et bien-sûr de santé… On a commencé par nous dire que les enfants porteurs d’une maladie grave ou incurable souffriraient s’ils venaient au monde… Les plus extrêmes allant jusqu’à clamer que les mettre au monde était profondément égoïste ou même que ces être anormaux étaient indignes de vivre. L’idée de sélectionner les êtres humains est alors entrée dans les mentalités et dans les mœurs. Habituellement la nouvelle  recherche de l’enfant parfait était condamnée par les médias comme étant une dérive ; désormais c’est un plus, un pas supplémentaire dans le progrès. Les enfants ne correspondant pas à ces critères seront supprimés in vitro, in utero, et, n’en doutons pas, quand les esprits se seront fait à l’idée, extra utero.



Deuxièmement la terminologie officielle reprise faisait passer des faits ô combien contestables, ou du moins contestés, comme des réalités admises par toute personne de bonne volonté.

Un enfant sur commande...

Faire appel à des mères-porteuses palliant l’impossibilité de certaines femmes à porter ou accoucher leur enfant, et celle des couples homosexuels est l’objet de houleux débats. In concreto il s’agit d’implanter un embryon dans le ventre d’une femme X qui portera l’enfant jusqu’à maturité et, après l’avoir mis au monde le rendra à ses parents sans demander son reste, en théorie. Chacun est au courant de toutes les tragédies psychologiques que cette pratique engendre, des problèmes moraux (marchandisation du corps de la femme et de l’enfant lui-même) ainsi que des complications juridiques de toutes sortes.Cela n’a pas empêché les rédacteurs des textes de cette exposition de parler de la GPA (i.e. Gestation Pour Autrui, terme bien commode pour camoufler la réalité) comme si cette méthode était parmi tant d’autres un moyen très généreux pour permettre l’assouvissement du « désir d’enfant » de certains couples.

L’invention de nouvelles terminologies est une technique qui a fait ses preuves et ce, de nombreuses fois ; elle est un ingénieux moyen toujours utilisé quand il s’agit de faire accepter ce que la majorité de la population aurait tendance à rejeter sponte sua. On l’a vu, elle fut employée pour l’avortement très pudiquement appelé IVG ou IMG ; ou encore dans le cas de cette expression de « réduction embryonnaire » pour évoquer ceux qui sont en passe de devenir un enfant et qui seront envoyés directement dans l’évier …

Les mots sont les supports de la pensée, modifier le mot permet donc de modifier la pensée.



Nous avons encore noté que les problèmes éthiques mis en avant étaient le prétexte, à chaque fois que faire se pouvait, pour arriver à une conclusion qui nécessairement allait dans le sens de la thèse avancée. En effet, les questions qui font débat sont abordées on ne peut plus superficiellement, le fond étant présenté comme ne pouvant être remis en cause et ses conséquences comme sujet à diverses difficultés insolubles.

On sait que tous nos chercheurs en la matière, à commencer par ce brave Pechanski, font pression pour que la recherche sur l’embryon soit autorisée. Tous les arguments sont bons : le retard vis-à-vis des autres pays développés ; les nombreux échecs et risques entourant l’Aide Médicale à la Procréation ; Le problème des stocks toujours croissants d’embryons ou de gamètes congelés, etc. Cependant, posons-nous trois questions très simples : 1° vouloir pour son pays le meilleur développement est une chose ; tenir à imiter l’autre pour ne pas paraître à la traîne, qu’il s’agisse du bien comme du mal, n’est-il pas ridicule ? 2° Pourquoi ne pas mettre au monde des enfants dont l’unique but serait la recherche médicale ? Si, si, on vous l’assure, le procédé est éthique : la fin est bonne !! 3° Enfin, quel serait l’intérêt de stocker tant d’embryons si l’on avait pas derrière la tête de les utiliser un jour ou l’autre pour la recherche ?



Parents ou géniteurs...?

Par ailleurs, l’émergence de ces nouvelles techniques induit de sérieux questionnements au sujet de la parentalité, nous apprend l’exposition… Le parent est-il celui qui désire l’enfant ? Celui qui élève l’enfant ? Celui qui porte l’enfant ? Celui qui met au monde l’enfant ? Celui qui offre l’une ou l’autre part des 46 chromosomes de l’embryon ? Le souci est que l’on aura beau tourner le problème dans tous les sens, il demeurera insoluble étant donné que la nature a originellement uni ces différents aspects de la procréation en une fonction : celle d’être parents ! La réponse que l’on vous apportera est… que la société doit redéfinir de nouvelles formes de parentalités comme elle a redéfinit les nouveaux modèles familiaux ! Comme à l’accoutumée, nous sommes les pigeons de la farce !

Il en va de même quant à l’anonymat du don de gamètes : sa levée comme son maintien est problématique tant pour le donneur que pour les parents et pour les enfants ! Toute personne éclairée s’interrogera naturellement sur la pertinence du don en lui-même. Quand on a des effets, on remonte à la cause pour les comprendre. A croire que ce fonctionnement de l’intelligence humaine n’est pas universel. On nous propose tout bonnement une demi-mesure en guise de solution: l’anonymat sera levé à la majorité de l’enfant…



Enfin une présentation des diverses opinions ou ressentis sur le sujet achevait d’attirer l’attention du visiteur sur les questions superficielles, le laissant espérer dans un avenir fait de progrès et de libertés. Voici quelques témoignages d’enfants issus d’un don de sperme ; ils proviennent de l’émission « Donner et après … La procréation par don de spermatozoïdes avec ou sans anonymat ? » dirigée par P.Jouannet et R.Mieusset :

« On ne peut pas dire à un enfant tu n’as pas le droit de connaître tes origines ! »

« Tant mieux si le donneur est anonyme. Sinon combien d’enfants iraient voir un « soi-disant » père qui ne les a même pas désiré mais qui a fait ce geste pour permettre à un couple le bonheur  d’avoir un enfant ? »

« Le fait qu’une dimension de mon histoire soit gommée a créé en moi une colère immense. »

« Je n’ai pas besoin de savoir qui est mon donneur pour savoir qui je suis. »



Le don de gamètes est présenté comme un fait établi et irréversible. On ne s’aviserait jamais de laisser passer un témoignage le remettant en cause. Nous voici donc dans un cercle vicieux à hésiter entre la peste ou le choléra.

 

L'image au service de l'idéologie

Si quelques doutes ou quelques relents d’éducation venaient à vous saisir, un film sur grand écran aura tôt fait de vous convaincre qu’il n’y a d’espoir pour la démographie, la santé, le niveau d’éducation mondial et l’égalité entre les sexes, que par la foi aveugle dans le progrès en matière de procréation.

Le film intitulé « Les enfants du Code Noir » nous explique la situation des familles en Haïti … Là-bas l’indice de fécondité s’élève à 4,7. Or en France tous les moyens sont pris pour dissuader les couples de mettre au monde une nombreuse postérité, on agite alors l’épouvantail de la famille nombreuse et de ces poules pondeuses bonnes qu’à ralentir l’émancipation de la femme. La mauvaise condition de vie des enfants haïtiens est donc tout de suite mise en avant, ainsi que l’insalubrité, l’insécurité, le manque d’éducation… (Mais le progrès à faire ne se situe-t-il pas précisément dans ces domaines-là ? La France a certainement de belles leçons à donner quand on sait que notre indice de fécondité est passé en-dessous du 2,1 - indice qui assure le renouvellement de la population - . La situation est pratiquement la même dans tous les pays où les conseils éclairés du planning familial sont appliqués. Tous les démographes qualifient cet état de critique ; est-ce là l’aide que nous voulons apporter à ces gens ?) La cause est vite déterminée : la polygamie des hommes et les multiples compagnons qu’auront les femmes le long de leur vie. Mais cela n’est pas mal, laissons les peuples disposer d’eux-mêmes et vivre leurs coutumes locales. Le problème de fond est que ces hommes et ces femmes ne connaissent ni les moyens contraceptifs ni les techniques d’avortement ; du moins ils ne veulent pas les connaître. « Pourquoi donc ? » s’interrogera le quidam lambda… Nous y venons : « C’est un péché » nous apprend cet homme. Ha la voilà ! Nous tenons la coupable ! Encore les restes indécrottables de cette éducation catholique imbibée d’obscurantisme ! Qui leur fut imposée en plus. Attendez, le deuxième bouc émissaire arrive … La colonisation ! Hé oui, avec l’institution du Code Noir, les enfants des esclaves nés sur telle propriété appartenaient au maître de ladite propriété, d’où l’habitude prise par les hommes, et perpétuée jusqu’à aujourd’hui, du déni de paternité.



CONCLUSION


« A force de tout voir, on en vient à tout supporter, et à force de tout supporter, on en vient à tout admettre. » Saint Augustin.

Ces quelques remarques ont été faites dans le but d’éveiller l’esprit critique de nos contemporains : nous sommes un peu comme des enfants crédules qui prendraient pour « parole d’Evangile » n’importe quelle affirmation parce que « c’est la télé qui l’a dit » … Demandons-nous pourquoi veut-on que je pense ceci ? Que je raisonne comme cela ? Que j’agisse ainsi ? Il n’y a jamais de fumée sans feu.

Pour creuser plus amplement ce domaine, nous conseillons aux personnes intéressées l’ouvrage du Dr Jean-Pierre Dickès et de Me Godeleine Lafargue L’homme artificiel, aux éditions de Paris, 2005.

Alice Lespinet,
pour lAcropole.info

 

Commentaires

 
#7 Vladimir 28-03-2012 09:21
C'est amusant, on a jamais eu autant d'images sous les yeux nous expliquant comment faire des enfants et, paradoxalement, on cherche d'autres moyens d'en faire. La nature humaine est bien étrange...
 
 
#6 Yves 11-12-2011 22:57
C'est dingue, toutes les horreurs que notre époque est capable d'inventer. Cela va-t-il s'arrêter??
 
 
#5 KaToN 27-05-2011 13:24
On continue à s'enfoncer dans l'immoralité, et ce n'est pas fini. Grâce à l'article j'ai pu en connaitre davantage sur le sujet. L'argumentaire solide nous montre bien qu'il faut être de plus en plus vigilant ce sujet de santé publique, qui est d'ailleurs un enjeu de civilisation !
 
 
#4 Alphonse 26-05-2011 23:17
Un article des plus intéressants.
La thématique est centrale.
 
 
#3 Kahedin 24-05-2011 00:23
Hercule, vous pointez là très justement l'un des grands travers de notre époque, qui tient à cette "déconnexion de choses pourtant inextricablement liées", soit une schizophrénie ambiante qui affecte tous les domaines de la pensée et de la vie de l'homo postmodernus dont l'esprit est compartimentée en autant de petites cellules bien étanches qu'il existe de réalités dans son existence: l'amour et l'engagement n'ont plus rien à voir avec la sexualité, et la famille encore moins; religion et politique s'affrontent au lieu de collaborer dans une harmonie que seule réaliserait l'union dans la vérité; la foi elle même dit merde à la raison pour son cantonner dans l'espace du sentiment religieux, de l'intuition sensible du sacré, et n'a plus que faire de métaphysique, et tutti quanti...

Face à un tel fatras intellectuel j'avoue avoir une admiration sans bornes pour l'obscurantisme moyennâgeux comme l'on dit, pour cette grande cohérence de la pensée médiévale et l'unité de vie des hommes de cette époque que vous me pardonnerez d'appeler bénie, pour qui l'ensemble du réel trouvait tout naturellement en Dieu son unité et son explication universelle...
 
 
#2 Hercule-Simon S. 19-05-2011 09:00
Mademoiselle Lespinet, votre article est plaisant à lire, instructif, ouvre de nombreux sujets de conversation et appelle plusieurs remarques.

Une, annexe, qui me vient : gardons à l'esprit que si le taux de fécondité des Françaises légales est passé au-dessus de 2,1 il y a deux ans environ (première fois depuis trente ans), il ne souligne pas une reprise de la natalité des Françaises réelles ; simplement, c'est la conséquence de la part croissante dans la population des femmes arabes - et plus encore africaines - dans la masse des citoyens de la république.

Quoi qu'il en soit, il y a une réelle réflexion à mener sur la déconstruction du foyer. Elle passe énormément par la déconnexion de choses pourtant inextricablement liées : la sexualité, le couple, l'amour, l'engagement, le mariage, la famille sont tout autant de faits qui sont aujourd'hui pris et considérés isolément. La sexualité? Une activité ludique avec un(e) copulateur(trice) de passage. Le couple? D'accord, mais sans engagement ; de toute façon avec le pacs, une simple lettre suffit pour répudier l'autre. La mariage? D'accord, mais on ne veut pas d'enfant. La famille? lol.
 
 
#1 Isa 18-05-2011 07:48
Mes félicitations pour la rigueur de cette analyse, qui souligne fort opportunément les méthodes de subversion morale employées (nous laisserions volontiers échapper "à dessein") pour faire évoluer la mentalité d'une masse si perméable aux arguments d'autorité émanant de la "science" et des média. Parmi ces méthodes, l'invention de nouvelles terminologies a fait maintes fois ses preuves, selon un phénomène d'édulcoration et de dégradation du langage que l'on vide peu à peu de son contenu propre, comme le remarquait notamment un Céline dont l'oeuvre entier vise à rendre aux mots toute la force de leur sens premier, hors de tous les artifices littéraires qui pourraient en dévoyer la signification. A nous donc de relayer cet effort et de mener cet effort de "reconquête sémantique", pour parler cuistre, à laquelle nombre de nos écrivains nous appellent. Il s'agit d'appeler un chat un chat, quitte à trouver nous-mêmes de nouveaux termes pour désigner des réalités que ne traduisent plus nos mots affaiblis ou détournés à force de passer par toutes ces bouches en cul de poule de nos "élites" autoproclamées modernes. Pourquoi à ce propos ne pas donner en effet à cette modernité son nom véritable, celui d'une fantastique régression "à pire que cavernes", pour reprendre les termes du précité Louis-Ferdinand?
 

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