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Trop souvent, l’émancipation individuelle chantée par la gauche, est présentée comme une alternative au libéralisme. C’est bien mal comprendre un principe d’unité philosophique qui repose justement sur l’atomisation de l’individu dont le processus est proportionnel à la progression du marché. En effet, libéraux et socialistes fondent leur modèle de société sur l’individu au sens rousseauiste du terme. L’homme ne doit plus être définit par une appartenance qu’il n’a pas librement consentie. Chez les socialistes, l’émancipation de l’individu répond à l’aspiration prométhéenne de la liberté contre le déterminisme qu’il soit racial, culturel ou social. Les libéraux individualistes comme Adam Smith justifient eux cette nouvelle marche en avant, par la nécessité d’augmenter la production de richesse ; la concurrence des individus et l’exaltation de l’intérêt privé garantissant l’avènement d’une société réglementée par le marché.
De manière beaucoup plus pertinente, Jean Claude Michéa, dans son ouvrage « L’empire du moindre mal », fonde l’unité du libéralisme qu’il soit de gauche ou de droite, sur la privatisation des valeurs, notamment religieuses. Le combat anticlérical de la gauche a engendré ce libéralisme relativiste dont le marché avait besoin pour trouver de nouveaux débouchés économiques. Et c’est à cet endroit que la critique antilibérale de la pensée de gauche est la plus pertinente. En effet, si au XIX° siècle le capitalisme était contenu à sa seule vocation industrielle, il a, avec les Trente Glorieuses, muté au moyen de l’avènement de la société de consommation. Comprenons bien, le capitalisme est une force automotrice qui produit un bien ou un service évoluant au gré des aspirations et du progrès de l’homme.
C’est pourquoi il a su digérer les revendications libertaires portées par Mai 68 car, elles dé-sanctuarisaient des pans entiers de la société. On peut ici parler de libération sociétale suivie d’une libération économique. Comme le capitalisme de consommation progresse à mesure que l’égoïsme ou la revendication d’un intérêt est satisfait, on comprend mieux pourquoi « l’émancipation » et la « nombrilisation » des jeunes ont très vite engendré un marché dans lequel les publicitaires redoublèrent d’ingéniosité pour détourner de puériles contestations dans les supermarchés. Il serait dès lors particulièrement intéressant (et l’on peut s’étonner qu’aucune étude sérieuse n’ait à ce jour traité ce sujet), de rechercher quelle type de vision idéologique est le plus perméable à la société de consommation qui à elle seule, nourrit le libéralisme.
Un couple d’anciens soixantuitards, partisan de la libération sexuelle, du jeunisme, du divorce, de la légalisation des drogues, du féminisme éprouvera une admiration de l’explosion des divorces qui pourtant, contribuent au boom de l’immobilier, à l’explosion des achats de type ménagers (lave linge, lave vaisselle, télé) et à une croissance substantielle des ventes de voitures. En soutenant l’arrivée des femmes sur le marché du travail, il applaudira à la baisse ou la stagnation des salaires, mais surtout à l’absence de mère au foyer, rapidement compensée par l’afflux de jouets en tout genre. Enfin, sa haine de la famille traditionnelle le porterait naturellement à utiliser les chèques emploi service pour payer une aide à domicile à ses vieux parents en convalescence dont il n’a pas le temps de s’occuper. A l’inverse, une famille catholique, traditionnellement méfiante des centres commerciaux, allergique au « moi je » de l’enfant pré pubère et naturellement adepte du respect des aïeux handicapera nettement la croissance du PIB.
Sur un autre plan, le centralisme jacobin de tout temps béni par la gauche, a accéléré le dépouillement des immunités de l’homme qu’elles soient familiales, syndicales ou régionales. La centralisation de la protection sociale et l’émergence de syndicats nationaux ont démuni l’ouvrier de toute autonomie réelle, le condamnant à obéir à une bureaucratie qui peut à tout moment supprimer ses privilèges sans qu’il ait la moindre opportunité d’y consentir ou non.
La gauche a anéanti toutes les protections naturelles qui contenaient l’expansion du capitalisme. A l’image d’une forteresse dotée de douves et octroyant une circulation réglementée des marchandises, la pensée de la droite sociale antilibérale s’apparente à un bastion hérissé de micro résistances limitant la progression du torrent libéral. La Gauche en détruisant ces résistances pour opposer au libéralisme une masse de prolétaires, a dans le même temps creusé le canal dans lequel ces derniers seraient noyés tous nus par la toute puissance du grand capital.
Le réalisme des classes laborieuses, autant attachées à la protection de leur travail, qu’a leurs coutumes et à leur identité explique peut être leur élan électoral vers la candidature de Marine le Pen. La phraséologie de gauche défendue avec cœur par Mélenchon semble définitivement écartée pour combattre un libéralisme tant conspué par les Français. Nous assistons aujourd’hui à une concentration de la logique libérale qui écartera à terme tous ses critiques en demi teinte ; la gauche libérale étant désormais condamnée à périr avec le système qu’elle a fait mine pendant trente années de combattre.
Jean-Marie Dumet, Pour l'Acropole.info
Première partie de l'article : La droite monarchiste, à l’avant-garde du combat social
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Jean-Marie Dumet, Pour l'Acropole.info
A suivre : l'individualisme de gauche, prisonnier du libéralisme
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